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J'avoue que je n'avais jamais entendu  parler d'Iceberg Slim, Robert Beck de son vrai nom, ancien proxénète des années 30/60, repenti puis reconverti en auteur. Ce livre m'a pourtant immédiatement attirée,  puisque j'avais cru comprendre qu'il évoquait pas mal le racisme et la ségrégation, deux thèmes qui me touchent beaucoup. Je remercie les éditions Belfond pour cette lecture.

Présentation:

"​« Les livres d'Iceberg Slim présentaient les Noirs comme des êtres humains et nous rendaient notre dignité. Avant même d'avoir entendu parler des Panthers, Iceberg Slim m'a fait comprendre qu'il était important d'écrire sur les ghettos. »
Sapphire, auteur de Push et du Kid

La redécouverte de textes inédits de l'auteur culte de la « trilogie du ghetto », PimpTrick Baby et Mama Black Widow : Robert Beck, alias Iceberg Slim, célèbre proxénète noir qui a dynamité la littérature afro-américaine des années 1970 et inspiré tout un courant artistique. Une galerie de vignettes hallucinantes sur le Chicago interlope des années 1940 et le Los Angeles underground des années 1960, la confession d'un mac repenti, profession de foi d'un homme en colère, en lutte contre le racisme et l'injustice sociale, engagé haut et fort dans le combat pour les droits civiques."

Mon avis:

Je ressors de ce livre très agréablement surprise! "Du temps où j'étais mac" ayant été écrit par un ancien proxénète, dont je n'avais pas lu "La Trilogie du Ghetto", j'avais un peu peur des détails scabreux. Pourtant, Iceberg Slim, ou Robert Beck, est bien au-dessus de cela.

Ce livre est celui d'un voyou repenti et d'un homme en colère. Il compile des textes inédits de l'auteur, sous forme de vignettes, qui met son âme à nu. On est pas dans le roman, mais bel et bien dans un recueil de pensées. Même si ce livre se dévore vraiment comme un roman.

Iceberg Slim y évoque son enfance, sa vie de proxénète, puis  c'est l'homme âgé qui s'exprime pour évoquer le racisme ambiant qui secoue l'Amérique. De son enfance, on découvre qu'il n'a pas été spécialement malheureux, malgré un père qui a commis un acte d'une terrible violence et une mère particulière.  L'enfant a même assisté à un meurtre depuis la fenêtre de sa chambre, dans une Amérique où tuer un noir était monnaie courante et presque normal.

Ses vignettes consacrées à sa vie de mac sont stupéfiantes. Bien sûr, on se doute que le milieu n'est pas tout rose, mais dans le contexte de l'époque, même si on pense au certain glamour qui émanait de ces années-là, être proxénète c'était risquer sa vie en permanence. Drogue, alcool, bagarres et règlements de comptes  étaient le quotidien. Le langage est brutal, comme les actes, certaines scènes peuvent choquer. Iceberg Slim a fait plusieurs séjour en prison et c'est après le dernier qu'il a décidé de se ranger des voitures. 

C'est là que Slim s'est mis réfléchir. Il a écrit sa "Trilogie du Ghetto" et a en même temps  tiré le triste constat d'une Amérique de plus en plus raciste, mais qui avait quand même besoin de ses noirs pour mettre un président à la Maison Blanche. On croise Melvin X, les Black Panthers. Là encore, il y a un peu de violence, dans les actes et les propos. J'ai déploré, parfois, que Iceberg Slim puisse penser  que tous les Américains blancs se valaient et étaient, pour 98% d'entre eux, racistes. Et je me suis dit que finalement, je le comprenais, parce que même quand ses livres ont eu du succès, il a eu droit à cette critique: "Il écrit comme un blanc". Stupéfiant! Mais il nous livre également des analyses d'une justesse réaliste, qui nous pousse à nous demander si finalement notre société a réellement évoluée. Et je précise que la plupart de ces textes datent de 1971 et 1986.

"Je comprends désormais que l'aspect le plus infernal du racisme américain est d'avoir, pendant des générations, perverti et dépravé des légions d'hommes noirs foncièrement bons, empoisonnant la vigne vivace de la stabilité et de la force familiales noires, abattue par la pitié, la haine et la peur des enfants noirs."

"L'Amérique est conduite à sa mort par les drogués du pouvoir racistes et embarqués dans un voyage insensé -le fantasme fatal  que soldats et policiers puissent broyer et anéantir, avec leurs matraques et leurs armes, une force indestructible: le désir ardent de dignité, de justice et de liberté de l'âme humaine."

En bref, "Du temps où j'étais mac" est un livre fort, un recueil de pensées qui se lisent comme un roman tant la vie d'Iceberg Slim a été riche. Le phrasé est souvent brutal, il colle pourtant à la réalité, celle du "poison de rue", comme le souligne souvent l'auteur, mais aussi celle du fait d'être noir dans une Amérique profondément raciste. Si certaines scènes peuvent choquer, j'ai trouvé la plupart des textes touchants et passionnants, au point d'avoir envie de découvrir la fameuse "Trilogie du Ghetto".

♥♥♥♥♥

Je le conseille: si la réalité d'une certaine société ne vous fait pas peur, si vous aimez apprendre des choses au niveau sociologique et si la question du racisme vous émeut. Si vous aimez le vécu semblable à un roman.

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