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Présentation:

"En 1632, dans la petite ville de Loudun, mère Jeanne des Anges, supérieure du couvent des Ursulines, est brusquement saisie de convulsions et d’hallucinations. Elle est bientôt suivie par d’autres sœurs et les autorités de l’Eglise les déclarent « possédées ». Contraints par l’exorcisme, les démons logeant dans leurs corps désignent bientôt leur maître : Urbain Grandier, le curé de la ville.
 
L’affaire des possédées de Loudun, brassant les énergies du désir et les calculs politiques, les intrigues religieuses et les complots judiciaires, a inspiré cinéastes et essayistes. Frédéric Gros en fait le roman d’un homme : Urbain Grandier, brillant serviteur de l’Eglise, humaniste rebelle, amoureux des femmes, figure expiatoire toute trouvée de la Contre-Réforme. Récit d’une possession collective, le texte étonne par sa modernité, tant les fanatismes d’hier ressemblent à ceux d’aujourd’hui.

Possédées figure dans la première sélection du Prix Goncourt."

Mon avis:

La rentrée littéraire et moi ne faisons généralement pas bon ménage. Pourtant, j'ai tout de suite été interpelée par ce roman, basé sur un fait divers ayant vraiment eu lieu.  J'ai décidé de le lire lors d'une lecture commune avec mon amie Ingrid, du blog Histoire du soir. Grand bien m'en a pris!

L'affaire des possédées de Loudun, c'est avant tout l'histoire d'un homme, d'un curé, Urbain Grandier, jugé trop gênant par ses contemporains. Pensez donc: nous sommes dans les années 1630, la France connaît des heures particulières et est régie d'une main de maître par Louis XIII et le Cardinal Richelieu. Alors un curé ouvert aux Protestants, pour le mariage des prêtres, qui ose s'opposer à Richelieu et qui engrosse la fille du procureur du roi, cela fait forcément beaucoup et certains ne reculeront devant rien pour l'accuser de tous les vices. 

Après une épidémie de peste dans la ville de Loudun, Jeanne des Anges, la mère supérieure du couvent de la ville, annonce que ses soeurs et elle sont victimes de possession. Les démons seraient commandés par Grandier lui-même, qui n'a jamais vu les nonnes de sa vie. L'occasion tombe à pic, et c'est parti pour un simulacre de procès.

"Et surtout, vous avez contre vous tous ceux qui ne sont ni pour ni contre personne et qui suivront, et qui croiront ce qu'on leur dit de croire. Ça leur fera récréation."

Je connaissais l'issue de cette affaire, puisque j'en avais déjà entendu parler, mais j'ai beaucoup aimé être immergée dans le contexte de l'époque. Frédéric Gros dresse avec justesse le portrait d'une ville de province, au XVIIe siècle, qui vit avec ses peurs et ses croyances. Le spectre de l'Inquisition n'est d'ailleurs pas si loin et bien ancré dans les mémoires. J'ai également beaucoup appris sur la personnalité de Grandier, même si certaines choses ont été très romancées, et surtout, j'ai trouvé très intéressant le profil psychologique de la mère supérieure, atteinte de sévères troubles du comportement.

Outre ces personnages, le contexte politique joue bien sûr un rôle important. Manipulations, menaces, tout était bon pour faire reconnaître coupable un curé un peu trop dérangeant,  en faisant passer une hystérie collective pour un cas de possession (manoeuvre qui n'était pas rare à l'époque). Ce roman nous donne cet horrible sentiment de se sentir impuissant face aux événements qui se jouent.

C'est saisissant, glaçant, et on se dit que finalement, ce fanatisme dépeint ici n'est si éloigné de  celui d'aujourd'hui.  

♥♥♥♥

Je remercie les éditions Albin Michel pour cette découverte.

Gros