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S'il y a bien un roman de la rentrée de janvier à côté duquel je n'avais pas envie de passer, c'était bien celui-ci, avec ses thèmes qui tiennent à coeur: traite des esclaves et ségrégation raciale. J'avais d'ailleurs fait part de mon enthousiasme sur ma page Facebook et la maison d'édition m'a aussitôt contactée pour me proposer de le lire. Je remercie les éditions Calmaan-Lévy pour cette pépite!

Présentation:

"XVIIIe siècle, au plus fort de la traite des esclaves. Effia et Esi naissent de la même mère, dans deux villages rivaux du Ghana. La sublime Effi a est mariée de force à un Anglais, le capitaine du Fort de Cape Coast. Leur chambre surplombe les cachots où sont enfermés les captifs qui deviendront esclaves une fois l’océan traversé. Effi a ignore que sa soeur Esi y est emprisonnée, avant d’être expédiée en Amérique où des champs de coton jusqu’à Harlem, ses enfants et petits- enfants seront inlassablement jugés pour la couleur de leur peau. La descendance
d’Effia, métissée et éduquée, connaît une autre forme de souffrance : perpétuer sur place le commerce triangulaire familial puis survivre dans un pays meurtri pour des générations.
Navigant brillamment entre Afrique et Amérique, Yaa Gyasi écrit le destin d’une famille à l’arbre généalogique brisé par la cruauté des hommes. Un voyage dans le temps inoubliable."
Mon avis:
Le premier mot qui me vient à l'esprit pour décrire ce roman est: puissant!
En effet, Yaa Gyasi nous offre un superbe roman que je n'hésiterai pas à qualifier d'incontournable, un roman d'une très grande portée!
L'auteur revisite trois siècles d'Histoire, à travers l'esclavage et la ségrégation raciale. Elle part du Ghana, au XVIIIe siècle, où deux soeurs qui ne se connaîtront jamais vont donner naissance à une grande lignée, victime du passé familial mais aussi de la cruauté des hommes.
On apprend l'Histoire du Ghana, notamment, ses tribus en guerre. Certaines n'hésiteront pas à faire commerce d'esclaves avec les "blancs" du Fort de Cape Coast (photo), d'autres se battront pour préserver leur liberté et leur façon de vivre. Mais bien sûr, la liberté, face au pouvoir et à l'argent n'est que bien peu et les descendants d'Effia auront du mal à lutter.

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Et puis Yaa Gyasi nous emmène également aux Etats-Unis, pour suivre la lignée d'Esi. Capturée au Ghana, violée, Esi sera envoyé comme esclave dans les champs de coton. Ses descendants évolueront dans une Amérique abolitionniste, mais ségrégationniste et toujours profondément raciste. J'ai découvert que lorsque les Noirs étaient arrêtés -et souvent sans raison-, ils étaient alors envoyés pour travailler dans des mines. Quand ils en ressortaient, parfois pour s'installer à Pratt City (ci-dessous, ville mixte dont il ne reste plus rien aujourd'hui) ils finissaient par mourir de la maladie du charbon.

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 Et puis à partir des années 30, il y a Harlem. Les appartements où les familles (qu'on a donc fait venir de force des générations plus tôt mais dont on ne veut plus) devaient s'entasser, cohabiter avec cafards, rats et drogue. 

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Alors bien sûr, ce  n'est pas un roman joyeux que nous avons entre les mains, et pourtant... l'espoir n'est jamais loin et on ne peut qu'admirer la force de caractère de certains personnages! Chaque chapitre correspond à un protagoniste, nous découvrons un pan de leur vie et assimilons le contexte du moment. Chaque personnage étant relié par le point de départ, au Ghana, aux XVIIIe siècle. On ne peut s'empêcher de se demander si leurs vies auraient différentes selon les circonstances... 
Ce roman sonne comme un vibrant rappel des injustices de notre histoire, des crimes commis au nom de la suprématie des blancs. En moi, il a trouvé un écho à la situation actuelle et il est indispensable de le lire!
En bref, "No Home" est un roman particulièrement puissant. A travers le destin d'une famille, du XVIIIe siècle à nos jours, l'auteur revisite avec brio des époques sombres de l'histoire : la traite des esclaves et la ségrégation. Un vibrant rappel de ce qui ne doit plus arriver.
Coup de coeur du blog!

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EXTRAITS:

"Il y a plus en jeu que l'esclavage, mon frère. C'est à qui possédera la terre, les gens, le pouvoir. Tu ne peux pas planter un couteau dans une chèvre et dire ensuite "Maintenant je vais ôter mon couteau lentement, et il faut que les choses se passent facilement et proprement, qu'il n'y ait pas de dégâts. " Il y aura toujours du sang."

"Pardon, proclamaient-ils, tout en commettant leurs méfaits. Quand il était plus jeune, Yaw se demandait pourquoi ils ne prêchaient pas d'éviter de faire le mal plutôt que de pardonner. Mais plus il gagnait en âge, mieux il comprenait. Le pardon était un acte qui intervenait après les faits, un avenir pour la mauvaise action à venir. Et si vous poussez les gens à porter un regard vers l'avenir, ils ne voient peut-être pas le tort qui leur est fait dans le présent."